Les douleurs des membres inférieurs en course

Auteur : Laboratoire LESCUYER

Par Julien PROUST – Podologue du Sport

A la course, il est important de savoir qu’à la différence de la marche, un temps de suspension provoque à la réception, une charge équivalente à 3 à 5 fois le poids du corps. Aussi, vous comprendrez que la moindre instabilité ou contrainte est source de douleurs. Voici quelques exemples de douleurs des membres inférieurs (liste non exhaustive) :

Périostites tibiales

C’est une inflammation du périoste à caractère dégénératif. Le périoste est un tissu recouvrant la diaphyse de l’os, lui permettant sa croissance et insertion des ligaments et tendons sur celui-ci. Le siège de la douleur est au tiers inférieur du tibia sur sa face interne.

On retrouve à la palpation des douleurs à l’insertion des muscles jambiers sur le bord interne du pied, ainsi que des nodules douloureux sur le tibia. La douleur est présente lors de la course et surtout après, voire jusqu’à quelques jours sous forme de brûlures.

Les causes

La multiplication des chocs au sol crée ce syndrome inflammatoire, avec hypertension des insertions musculaires et tendineuses. La cause principale est mécanique. Le plus fréquemment dues à :

  • une instabilité de la cheville (prono supination), valgus du pied en dedans,
  • une chaussure inadaptée (pas assez stable, ou pas assez amortissante),
  • un sol trop souple (piste d’athlétisme), trop dur ou instable,
  • des traumatismes directs (conflits chaussures de ski, patins, …),
  • un surentrainement. Non traitée cette inflammation entraine des risques de fractures de fatigue.

Les traitements

  • glacage 20 minutes jusqu’à 5 fois par jour,
  • repos des sports traumatisants mais possibilité de de faire des sports portés : vélos, natation…,
  • vérification du chaussant, ainsi que réadaptation à l’entrainement,
  • vérification des troubles statiques par un podologue, si instabilité posturale faire une correction par orthèse plantaire,
  • Kinésithérapie, onde de choc,
  • travail proprioceptif quotidien afin de renforcer la stabilité naturelle de l’articulation.

Tendinites du tendon d’Achille

Le tendon d’Achille est le tendon terminal des 4 muscles du mollet, il présente une insertion rétro et sous calcanéenne. Il est le plus volumineux et le plus puissant du corps, très résistant, avec des capacités d’élasticité importantes tant en étirement qu’en contraction. Néanmoins, il est très mal vascularisé. De plus, il est également sollicité dans toutes les phases du pas et de la course.

Il existe différentes formes de tendinites (d’insertion, du corps du tendon avec ou sans nodules, de la gaine du tendon). Elles peuvent aussi évoluer vers une tendinite de l’aponévrose plantaire (soutien de la voute) ou vers une épine calcanéenne qui est un arrachement osseux de l’insertion talonnière de cette aponévrose. Les douleurs sont très localisées et de type inflammatoire (le matin au réveil ou lors de marche après un long repos). L’évolution peut être une rupture partielle ou totale. Il ne faut jamais négliger cette pathologie surtout si elle devient chronique.

Les causes

  • déshydratation,
  • mauvais chaussage,
  • mauvais entrainement (mauvais geste technique, surentrainement, ou mal adapté),
  • tendon d’Achille trop court ou trop raide,
  • troubles statiques des appuis (instabilité du pied, inégalité de longueur des membres inférieurs),
  • problèmes dentaires,
  • changement de terrain d’entrainement.

Les traitements

  • AINS (ant inflammatoire non stéroïdien) si vraiment algique, sinon éviter car maque la douleur,
  • glacage,
  • strapping afin de soulager le tendon et le mettre en décharge,
  • Kinésithérapie (physio, massage transversaux, ondes de choc, protocole de Stanish),
  • Podologie avec une étude de la course et des appuis. Traitement par orthèse plantaire afin de corriger les troubles statiques, et conseils.

Syndrome de l’essuie-glace (= syndrome de la bandelette ilio-tibiale).

C’est une tendinite du « tenseur du fascia lata », tendon plat et large de la face externe de la cuisse, tendon terminal du muscle grand fessier et du TFL, se finissant à la face externe du condyle fémoral externe et tibiale externe haute.

C’est une pathologie fréquente, très localisée au niveau du condyle externe point de la douleur. Cette bandelette, lors de la course vient frotter et balayer sur le condyle externe. La répétition de ce conflit provoque une irritation locale pouvant remonter dans la cuisse en externe. La douleur est vive à la palpation et plusieurs jours après la dernière course.

Les causes

  • manque de proprioception et de stabilité des articulations (genou cheville),
  • descentes et terrain instable,
  • geste mal effectué ou matériel mal adapté,
  • fatigue, sur entrainement ;

Les traitements

  • repos,
  • glaçage,
  • kinésithérapie,
  • consultation podologique afin de vérifier les appuis en dynamique et les corriger si nécessaire.

Tendinite de la patte d’oie

C’est une tendinite qui concerne 3 muscles s’insérant sur la face interne du tibia en dedans de la tubérosité tibiale. Ces muscles permettent la stabilité du genou en interne et lors de la flexion, ils complètent l’action des latéraux. Douleurs inflammatoires et d’origine mécanique lors de la course sur des terrains ou la stabilité du genou est mise à rude épreuve. La douleur peut être ressentie pendant la course, disparaitre, pour mieux revenir après. Ne pas laisser cette douleur devenir chronique sous peine d’un arrêt assez long.

Les causes

  • instabilité du genou,
  • problème mécanique, genou valgum ou varum (en dedans ou vers l’extérieur), inégalité de longueur des membres inférieurs,
  • matériel non adapté, mauvais geste technique, sur entrainement ou pas adapté,
  • course toujours du même côté de la chaussée.

Les traitements

  • AINS si fortes douleurs,
  • glaçage
  • repos (ou sport non douloureux, portés)
  • reprise progressive (revoir le terrain d’entrainement, l’entrainement, la chaussure)
  • consultation podologique ou conseil pour corriger la mécanique douloureuse si elle en est responsable, * kinésithérapie.

Pathologies des péroniers

Le muscles péroniers (courts et longs libulaires) s’insèrent sur la tête du péroné ainsi que sur la membrane inter osseuse, descend sur la face externe de la jambe passent en arrière de la malléole externe et finissent sur le bord externe du pied (styloïde). Ils stabilisent la cheville en externe et aident à la flexion plantaire. Les pathologies sont très souvent dues à la mécanique du pied en varus (vers l’extérieur) et sont souvent touchés lors d’entorses. On peut aussi retrouver un « syndrome des loges » qui est compression des muscles soit lors d’un choc important ,compression ou ischémie due à un trop fort volume musculaire lors de l’effort , alors que la membrane périphérique ne s’étire pas (traitement chirurgical simple)

Les causes

  • varus des pieds, instabilité de la cheville,
  • suite ou secondaire à une entorse,
  • chaussant non adapté. Les traitements
  • glaçage, * kinésithérapie, proprio, physio,
  • podologue, corrections du varus par orthèses, conseils.
  • chirurgical en cas de syndrome des loges.

Conclusion

Comme vous avez pu le lire, les causes sont souvent les mêmes : surentrainement, instabilité articulaire, troubles des appuis, chaussant mal adapté, … Un coureur bien conseillé est un coureur conscient des pathologies et à l’écoute de son corps afin d’éviter les arrêts trop longs. Dans tous les cas, lors de blessures, l’arrêt de l’activité sportive est fortement préconisé en l’associant à un traitement adapté. Prévenir, c’est courir mieux et plus longtemps.

Julien PROUST
Podologue du Sport