Norseman 2013

Publié le 08/08/2013

NorsemanHervé TEMMERMAN (client Nutratlétic) nous livre son CR sur le Norseman 2013 !

Nous sommes le 28 juillet 2013, il est 2 H du matin. Après un petit-déjeuner copieux et avoir vérifié que rien n’a été oublié lors du chargement de la voiture, nous prenons, ma compagne Véronique, nos deux enfants Coline et Clémentine, la route en direction de Copenhague.

Première étape, que nous n’aurons malheureusement pas le temps de visiter, en direction d’Eidfjord où se déroule le 3 août le mythique triathlon extrême appelé Norseman auquel j’ai la chance de participer cette année.

15 H 00, nous prenons place sur le ferry pour une traversée de 17 H qui nous amène à Olso.

Lundi 29 juillet, nous y sommes, nous foulons pour la première fois le territoire Norvégien, il est 10 H à Oslo.

Il reste quelques heures de route pour rejoindre notre camp de base Eidfjord Ovre. Nous empruntons une grande partie du parcours vélo ± 120 km, le stress s’installe. Certes les vidéos explicatives, les comptes rendus des précédents participants au Norseman étaient élogieux quant aux difficultés mais y être, renforce l’appréhension de celles-ci. Le paysage qui s’offre à nous est magnifique à la hauteur de l’évènement.

17 H, nous prenons places au Eidfjord Gjestgiveri, charmant Bed and Breakfast situé à 6 km Eidfjord lieu de départ de l’épreuve natation du Norseman.

La semaine précédente

Mardi 30 juillet, après une nuit de récupération nous décidons de prendre la température de l’eau en nous rendant sur le lieu du départ Natation à Eidfjord. Après quelques minutes d’adaptation, je pars nager 20′ avant de regagner le rivage. Nous décidons ensemble que la semaine sera sous le signe de la récupération et établissons le programme de la semaine :

  • Mardi après-midi visite de la cascade de Voringsfossen.
  • Mercredi 31 juillet, visite de Bergen par la N7, dégustation de la soupe de poisson locale, quelques achats de souvenirs, puis Véronique me dépose à 10 km d’Eidfjord pour un décrassage en course à pied.
  • Jeudi 1er et vendredi 2 août repos complet, avec une petite heure de vélo et 15′ de course à pied.

Deux jours avant la course

Jeudi 1er août 14 H, Eidfjord 17° remise des dossards, numéro 141, nous émargeons les feuilles et prenons la dimension de l’événement. Les Norvégiens sont accueillants et les échanges s’avèrent faciles malgré nos lacunes en anglais. Nos deux enfants pourront d’ailleurs monter à cheval dans les Fjords durant tout le séjour grâce à l’hospitalité des habitants.

Vendredi 2 août 15 H, l’organisation nous a concoctées un briefing d’avant course. Nous rentrons dans une immense salle de sport, il y fait noir, deux spots allumés, ambiance feutrée et énigmatique palpable. Tous les triathlètes et supports s’asseyent à même le sol, pas de chaise, pas de confort particulier, juste une chaleur humaine. Puis la vidéo se lance, la tension monte, les poils se dressent, l’émotion est si forte que certains laisseront couler leur larme alors que la course n’a pas encore eu lieu. Une chanteuse et accordéoniste succéderont à la vidéo. Nous sommes en Norvège, dans les Fjords, je vous laisse imaginer le lieu, l’atmosphère qui y règne à ce moment précis.

Le directeur de course, le médecin et tous les intervenants prennent places pour exposer les moments importants que nous vivrons ce samedi 3 août, le briefing est fini, place aux questions, tout y est simple, tout y est efficace sans fioritures sans excès. Dernier point qui a son importance, l’organisation nous fait de l’avis de tempête, le jour de l’épreuve, il est vendredi 16 H 30 il fait 24°.

Samedi, The race

2 H du matin. Il faut se lever, déjeuner et préparer la famille à ce long jour. Coline et Clémentine sont au taquet.

Norseman vélo3 H dépôt du vélo dans le parc, il y règne un noir profond, les bénévoles vous guident et véronique (support de course) est là pour m’aider.

J’entame ma boisson d’attente Nutratlétic (ne croyez pas que je lui fais de la publicité) en attendant de monter dans le ferry qui nous lâchera au milieu du Fjord à 3,8 km dans une eau annoncée à 15°- la pluie fait son apparition.

4 H presque religieusement, nous montons abord du ferry après avoir embrassé les nôtres. Malheureusement pas d’accompagnant sur le ferry contrairement à ce que nous avait annoncé la brochure, mais vous connaissez les brochures publicitaires…

Le rituel commence, certains visages sont fermés, d’autres ont le sourire, quelques-uns s’étirent, les photographes sont à l’affût de la moindre émotion. Je suis avec un Français, Frédéric super-sympa, on échange quelques banalités d’avant course pour se rassurer avant d’enfiler la combinaison. Je verse à l’intérieur de celle-ci une bouteille d’eau froide recommandations faites par l’organisation avant le grand plongeon. l’arrière du bateau s’ouvre, nous y sommes, je saute, elle est fraîche très fraîche mais ce qui me dérange le plus ce sont les remous, le Fjord n’est pas calme, et nous y sommes secoués.

La natation

Norseman FerryL’attente est interminable, j’ai l’impression comme beaucoup d’autres que cela fait 10′ que nous attendons dans l’eau que la corne de brume du bateau retentisse. Le départ est donné et déjà les choses se gâtent. Les sensations ne sont pas bonnes et le mal de mer s’installe. Le comble pour un triathlète qui de surcroît a passé ses diplômes de sauveteurs en mer. Les lunettes prennent l’eau alors que les essais avaient été concluants. Le doute est là, il faut penser à autres choses, positiver. J’essaye de m’accrocher à un groupe mais le temps de vider l’eau des lunettes et je me retrouve seul au monde, tiens cela me fait penser à un film.

Je regarde le point où nous devons nous diriger, je n’avance pas, enfin pas comme je voudrais mais décide de m’accrocher à l’espoir de ce maillot noir tant convoité. 1750 m plus loin je vois le bateau où nous devons virer à gauche après l’avoir contourné, il est à ± 1200 m, je vis une des plus mauvaises natations de ma vie de triathlète (et 27 ans de triathlon c’est long). Alors il faut encore et toujours penser aux choses positives, à l’attente des siens qui ont sacrifié une partie de leur vacance pour vous accompagner dans vos délires, penser à l’investissement, pas que financier d’ailleurs, aux enfants qui n’ont eu que pour repas depuis une semaine du riz, des pâtes, du riz, des pâtes et encore du riz et des pâtes. Prendre sur soi pour progresser et sortir de l’eau au plus vite avant que le froid ne vous gagne.

Je contourne le bateau, les vagues sont maintenant frontales, et je parle bien de vague, même si cela peut paraître curieux. Ce qui devait arriver arriva, je vomis dans l’eau, tout sort d’un seul coup sans que je puisse prévenir mes poursuivants, mes compagnons de course.

400 m plus loin je sors de l’eau, heureux d’avoir survécu à cette première partie de l’épreuve.

La transition natation/vélo

Mon support Véronique est là, prêt avec mes affaires de vélo, je prends le temps de me ravitailler doucement mais je n’arrive malheureusement pas à avaler quoi que cela soit pour le moment. une fois prêt, je file vers la sortie du parc pour entamer le vélo.

Le vélo

Norseman cycleEidfjord-Dyranut 0-43 km

43 km d’ascension où nous traversons la vallée de Mabodalen pour rejoindre Dyranut perché à ± 1275 m. Le vent est présent de face, léger pourrait-on dire pour le moment. Je suis les conseils de Guy Hemmerlin qui me suit depuis 13 ans maintenant et reste prudent sur cette première partie de course. J’en profite pour admirer le paysage, pas certain de pouvoir de nouveau participer au Norseman et perds quelques places tout en admirant les chutes Voringfossen et sans oublier de prendre régulièrement ma boisson favorite Nutraperf.

Mon support ainsi que les enfants m’encouragent chaque fois qu’ils ont l’occasion de s’arrêter pour me ravitailler et préparer mes bidons.

Le temps est frais, la pluie tombe de plus belle et le vent se renforce. Il faut être patient sur cette première partie, sauf si vous jouez la gagne. Toutefois, ayez conscience que les autochtones ont un avantage sur vous Français, il s’agit de leur épreuve comme Embrun peut-être la nôtre si vous voyez ce que je veux dire. Dyranut est en vue, curieusement et à aucun moment je n’ai pensé au temps, au chrono ou à la vitesse, en fait ce qui m’importe est ma place, m’assurer suffisamment de marge pour être serein au départ de la course à pieds.

Dyranut-Geilo 43-92 km

Avec l’aide de Véronique, j’enfile un coupe-vent sans manche, mets des chaufferettes aux pieds alors que le chrono défile. Cette gestion de course à ce moment précis va s’avérer payante par la suite malgré la perte de temps. Je ne peux pas vous dire la température à ce moment précis de la course mais la pluie ne cesse de tomber et le froid l’accompagne, nous sommes sur un plateau à 1270 m et même s’il est possible de se mettre en position aéro, la succession de faux-plats vous oblige à pédaler sans cesse. Pour le moment je me sens bien, en tout cas beaucoup mieux qu’en natation. Il faut dire que je reste prudent, peut-être de trop d’ailleurs. Mais la deuxième partie après Gélio est tout simplement monstrueuse puisqu’il y a 4 cols sur 55 km à franchir avec des pourcentages oscillants entre 6 et 14 % dont le dernier col d’environ 7 km avec une moyenne de 10 %.

35 km de course sans apercevoir mon support, Véronique m’a perdu et depuis aucun ravitaillement solide possible. L’expérience des Ironmans me permet de rester serein. Alors que j’allais stopper mon effort pour téléphoner m’inquiétant de ce qui aurait pu arriver, panne de voiture, crevaison etc. je vois à ma gauche mon support me rattraper avant l’entame des cols sous une pluie battante. Je viens de passer Gélio.

Geilo-Imingfjell 93-148

Je suis dans le dur, expression cher à tout athlète. Musculairement tout va bien mais la fringale vient de me rattraper, Véronique me trouve blanc et me force à m’arrêter pour que je m’alimente, banane, Nutrarécup (peut-être un peu de culpabilité de m’avoir perdu pendant 35 km). L’essentiel est ailleurs, pouvoir rester lucide, continuer pour atteindre Imingfjelle. Après 5′ arrêt, je reprends la route pour franchir les cols, un premier à 6 % sur 3 km, puis 7 % sur 4 km, puis 7 % sur 4 % pour enfin terminer par 7 km à 10/12 %. Évidemment je vous épargne les faux-plats montants entre les cols qui pour un Norvégien sont considérés comme des descentes.

Les sensations sont revenues et les conseils de Guy Hemmerlin de récupérer dans les toutes parties possibles du parcours me permettent de rejoindre Imingfjelle en gagnant quelques places lors de l’ascension.

Imingfjelle-Austbygde 148-180

Nouvel arrêt, je suis trempé et si jusqu’à présent j’avais décidé de ne pas me changer et d’effectuer le vélo sans manche, il était indispensable pour les derniers kilomètres ± 35 de ne pas prendre froid. J’enfile donc une veste longue et remets le coupe-vent après avoir enlevé le maillot. Je me ravitaille tranquillement à l’aide de mes supporters Coline, Clémentine et Véronique.

C’est alors qu’au moment de repartir un support Français vient me voir pour m’annoncer que bien étant en haut du plateau, il me reste 10 km de faux-plats montants dans le brouillard, vent de face, qu’ensuite seulement je pourrais envoyer du braquet jusqu’à l’arrivée à la transition T2 de la course à pieds. Avec pour précision à la fin de l’échange : le chiffre 140.

Ce chiffre tournera dans ma tête pendant 35 km, je ne sais pas quel effet il aurait pu avoir d’autre dans d’autres circonstances mais la peur de ne pas pouvoir monter en haut du Gaustatoppen a eu pour conséquence de reprendre la route, bien décidé à donner tout ce que je pouvais sur cette dernière partie du vélo. Soudainement la pluie, le brouillard n’existaient plus, alors que les autres concurrents restaient prudents ou défaillaient je restais en position aéro pour avaler les kilomètres le plus vite possible sans tenir réellement compte du danger.

À 20 km de l’arrivée, je demande à mon support Véronique de rejoindre la transition course à pieds afin qu’elle ait le temps, avec les enfants, de préparer mes affaires. c’est alors que j’ai eu la frayeur de ma vie (expression vous l’aurez compris utilisée pour la circonstance) en évitant la chute de peu. Les routes endommagées de fin de parcours à 50 km/h ont eu raison de mon guidon de triathlète qui s’est affaissé vers la roue avant m’obligeant à la prudence pour qu’il ne casse pas.

La transition vélo/course à pied

7 H 56 de vélo, et me voilà dans le parc pour enfiler mes affaires de CAP. Changement de tenue complète pour me mettre au sec, à l’aise pour courir. Malgré 1 H d’avance sur le temps que je mettais fixé à vélo, la seule préoccupation qui me vient à l’esprit est la place que j’occupe. Combien suis-je, 140 ? 135 ? C’est alors que l’on me rassure et que je comprends ma méprise en haut d’Imingfjelle,le 140 exclamé par le français était le nombre de kilomètres parcourus.

Après un ravitaillement en Nutraperf, je pars pour les 42,5 km qui me séparent du maillot noir et du sommet du Gaustappen à 1820 m, suivi de mon support.

La course à pied

Norseman course à piedOn longe le lac, quelques faux-plats viennent rythmer le parcours. Le temps est devenu clément avec des passages très chaud quand le soleil se donne la peine de se découvrir. Les premiers kilomètres sont gérés à raison d’une moyenne de 11,32 km/h avec pour objectif d’éviter la défaillance jusqu’au 25 km. Un seul but ne pas marcher pour avoir une marge suffisante entre le 25 et le 32,5 km, juge de paix qui vous donne l’accès ou non à la montée du Gaustatoppen. Mon support est à l’affût de la moindre alerte, du moindre signe de faiblesse.

10 km, puis 20 km, puis 25 km sont parcourus sans penser au chronomètre mais à la place occupée, rester dans les 100 premiers.

Nous sommes au 25 km à 7,5 km d’un bonheur immense, inespéré, je n’imagine pas encore qu’il ne peut plus rien m’arriver et que dans tous les cas j’irais au sommet. Seule ma compagne et mes enfants y croient à cet instant précis.

Ici plus question de courir à moins de s’y être entraîné, et quoi de plus facile dans le Nord de la France de trouver des cols. Plus question de courir à moins de considérer qu’il est préférable de se classer 67 ème que 73 ème. Faut-il encore en avoir la possibilité, la pente est à 12 % puis s’atténue vers les 10 % sur 7,5 km. Pour ma part, je marche et marche encore sans regarder derrière mais en demande constante d’être rassuré par mon support Véronique. À quelle place suis-je, en es-tu certaine. Entre deux ravitaillements en boisson Nutrathlétic les kilomètres défilent nous sommes à 500 m de la décision ultime White or Black quand je vois mon support bondir de joie, sauter dans tous les sens et venir me chercher pour passer le tapis de pointage à la 73 place après 3 H 40 de course à pieds.

Le final et l’accession au T-Shirt noir

Je réalise alors que l’on m’autorise à rejoindre le kilomètre 37,5 pour gravir ensuite les 4,7 km d’ascension vers le Gaustatoppen. Je serais dans quelques heures finisher au Norseman 2013, la suite n’a plus d’importance, la place, le temps. Nous décidons mon support et moi-même de profiter de l’instant présent pour savourer le paysage en prenant des photos lors de la montée vers le Graal.

Cet extreme triathlon est exceptionnel par sa dimension, ses paysages, ses habitants mais n’allait pas croire qu’il ne s’agit pas d’une course. La plupart des Novégiens Danois, Suédois sont là pour établir un chrono et une performance. Aucun répit n’est permis même pas au 32,5 km si vous voulez conserver votre place mais aussi établir un temps. Ceux et celles qui vous diront que la course s’arrête au 25 km et que le Norseman est plus facile qu’un Ironman ont tort.

Nous sommes le 3 août au sommet de la Norvège à 1820 m, je remercie ma famille Véronique mon support, Clémentine et Coline nos deux enfants, Guy Hemmerlin mon coach, Yohann et toute l’équipe de Nutratlétic sans oublier Hendrick, Aurélie, Franck, Michael, François, Yannick, Jimmy, Freddy et Rose-Aimée de Com’In Tri sans lesquels les entraînements n’auraient pas été possible.

Hervé

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A propos de l’auteur : Laboratoire LESCUYER